Unschooling: et les ados?

Que faire de nos ados?

Ces derniers temps, plusieurs d’entre vous m’ont contactée à propos de leurs adolescents, soit en décrochage, soit déjà homeschoolers ou unschoolers, soit scolarisés mais en plein questionnement…

il faut dire que les mois d’août et septembre sont souvent des mois de questionnement intense! Des mois de prise de décisions… décisions qu’on va devoir assumer ensemble pendant au moins les 10 mois qui viennent! Et ça, quelquefois, c’est carrément flippant, hein!

L'adolescence, une crise?

Flippant… C’est le mot qui décrit le mieux, je crois, l’état dans lequel je me mettais moi-même en anticipant l’adolescence de mes enfants! Il faut dire que mon adolescence à moi n’a pas été très drôle… J’en garde une impression d’incompréhension, de grande solitude, d’isolement, et puis au niveau émotionnel, un mélange de colère, de désespoir, de culpabilité… Voilà donc, en résumé, les impressions que je garde de l’adolescente que j’étais, et que mon entourage baptisait tout naturellement ma « crise d’adolescence ». Normal.

la crise d'adolescence, mythe ou réalité?

Jeune maman, j’attendais donc avec angoisse ces terribles années où mes enfants – des filles, en plus! Comme moi! – allaient se transformer en ces monstres hargneux et malheureux que l’on nomme adolescentes… Qu’est-ce que j’aurais donné pour qu’elles puissent rester des enfants! Rester ces petites filles que j’adorais, que je chérissait comme la prunelle de mes yeux, et qui me le rendaient au centuple!

Quand l'ado nous bouscule...

Pourtant l’adolescence est arrivée, à pas de loup, sans crier gare… Et là, ô surprise! J’ai découvert stupéfaite que j’aimais ça! Mes grandes filles commençaient à avoir des opinions personnelles, à les exprimer… Waw! La philosophe en moi s’est prise au jeu! Les repas familiaux se sont animés, on a commencé à parler politique, religion, société…

Et puis, les hormones faisant bien leur travail, mes filles devenaient femmes et m’invitaient – bien timidement au début, et avec l’impression de transgresser des tabous bien bien enracinés en moi – à parler de mon corps, d’être femme, de la sexualité… Que de barrières intérieures elles m’ont fait sauter, année après année! Qu’est-ce que c’était dur, mais qu’est-ce que c’était bon! Je me suis sentie comme dans un panier à salade! Secouée dans tous les sens, encore et encore, jusqu’à ce que se décollent de moi, un à un, les parasites qui m’empêchaient d’être moi! Les croyances qui m’empêchaient d’ouvrir mes ailes!

Une de mes grandes m’a rappelé l’autre jour un des épisodes les plus frustrants de son adolescence: Elle avait 15 ans, et un copain l’avait invitée au cinéma. Et je lui ai refusé cette permission, au terme d’une discussion lors de laquelle je lui ai dit qu’elle ne le connaissait pas assez…

– « Est-ce que tu veux faire ta vie avec ce garçon? »

– « Mais maman, je ne veux pas faire ma vie avec lui, je veux juste aller au cinéma! »

J’ai demandé pardon à ma fille. Pardon pour ce manque de confiance et de liberté. Pardon pour toutes ces peurs et ces croyances qui me limitaient, m’emprisonnaient et m’empêchaient de l’aimer comme elle le méritait. Et le pardon qu’elle m’a offert est venu consolider encore nos liens, et nous aider à grandir toutes les deux. Grâce à elle, j’ai pris conscience ; grâce à elle, je peux élargir mon espace, vivre de façon un petit peu plus cohérente cette valeur de la liberté qui me tient tant à coeur. Ses petites soeurs profiteront de la leçon, c’est promis! Mais quelles autres blessures viendront-elles m’aider à guérir? Sur quelles autres cicatrices mal refermées viendront-elles mettre le doigt?

N'aie pas peur de l'adolescence!

« la crise d’adolescence » n’existe pas. Ce qui existe, c’est une personne humaine, unique, précieuse et belle, qui vit un processus de maturation, de croissance, de personnalisation aussi.

Il faut qu’elle questionne ce que tu lui as transmis jusqu’ici, consciemment ou non. Surtout inconsciemment, d’ailleurs. Ce bagage de non-dits, de tabous, de blessures que tu lui refiles en toute innocence, imagine la catastrophe si elle l’acceptait sans mot dire! En le refusant, par ses actes, ses paroles, ses cris, ses pleurs ou ses silences, elle t’ouvre un chemin magnifique! Celui de vider toi aussi ce sac à dos rempli de lourdes pierres que tu n’as plus à porter! Ton ado qui prend son envol t’invite à lâcher prise, pour mieux t’envoler toi aussi!

maman d'ado, n'aie pas peur!

Et le unschooling, là-dedans?

Nous y voilà! Le unschooling, c’est l’antidote absolu, la panacée contre nos instincts blessés de parents contrôlants! Le principe est simple, pour reprendre la définition donnée par Pat Farenga, et qui nous servira de point de départ: « allowing children as much freedom to learn in the world as their parents can comfortably bear. »(cité par John Holt, Teach your own).

Nous avons donc, d’une part, la liberté. Plus précisément, la liberté d’apprendre dans le monde. Il s’agit bien de radicalement lâcher prise, car cette liberté dont notre ado a besoin, c’est la liberté d’apprendre ce qu’il veut, où il veut, quand il veut et avec qui il veut. Vertigineux, non? Heureusement, Pat Farenga continue sa phrase: « autant que ses parents peuvent confortablement le supporter »! Nous y voilà! Qu’est-ce que je peux confortablement offrir comme liberté à mon enfant? Chacun donnera une réponse différente à cette question, c’est pourquoi chaque famille de unschoolers sera différente.

famille d'ados unschoolers

C’est tout? Un peu léger, non? C’est confortable pour moi, ok. C’est pas confortable, tant pis pour toi. Exactement ce qui est arrivé à ma grande fille avec l’interdiction de cinéma… En réalité, cette définition du unschooling cache un énorme défi pour le parent, et en particulier pour le parent d’adolescent. Ce défi, c’est sa propre autoéducation! Si mon histoire, mon bagage inconscient, mes blessures, mes peurs réduisent comme peau de chagrin ma zone de confort, je n’en suis certes pas la coupable, mais j’en suis totalement responsable!

L'ado unschooler, un explorateur!

ado unschooler

Plus large sera ma zone de confort, plus large sera le champ d’exploration de mon enfant qui grandit… et sa propre zone de confort! Le jeune unschooler, par essais et erreurs, prendra confiance en lui, en sa boussole intérieure, celle que maria Montessori appelle le « maître intérieur ». Il découvrira et fortifiera ses talents, son caractère, ses goûts et passions, bref, il construira son chemin unique, et donc forcément différent du mien.

L'ado unschooler dans sa chrysalide...

L’ado auquel je donne la possibilité de choisir est quelquefois bien surprenant! Si le petit enfant était semblable à la chenille qui se promenait tranquillement par-ci par-là, dévorant avidement toutes les graines de savoir que je semais joyeusement sur son chemin, l’adolescent me fait penser davantage à la chrysalide… Mon strewing le laisse bien souvent indifférent, je dois l’avouer! Quant à ce qui se passe en son fort intérieur, quel mystère! Après des semaines d’apparente hibernation qui réveillent mes peurs les plus tenaces – mauvaise mère, il ne va rien apprendre! Qu’est-ce qu’il va devenir avec tes théories éducatives de cinglée! – , il réapparaît un beau matin bilingue, ou rempli de nouveaux projets à mettre en oeuvre… 

Je pense qu’il n’aime pas écrire, et voilà qu’il me pond un roman… je le crois solitaire, il a des potes dans le mode entier et des milliers de followers sur insta…

Tu es et tu seras toujours une guerre en retard, maman! Parce que cette chrysalide, dans sa fragilité et sa vulnérabilité que ton empathie maternelle te fait si bien ressentir, cache un trésor inépuisable! C’est un puits sans fond, rempli de ressources, de rêves, de force et de créativité!

Ce dont il a besoin, ce jeune qui se construit, c’est de confiance et de liberté, d’espace et de temps.

Le papillon s'envole!

Confiance! Plus je lui fais confiance, et plus j’ai de chance d’assister, émerveillée, à la transformation de ma nymphe chérie en papillon! Sans compter la transformation qui se sera opérée en moi par la même occasion!

Cette transformation qui s’opère sans cesse en nous, au gré de la croissance de chacun de nos enfants, quel cadeau! Laissons-nous bousculer par nos ados, c’est le meilleur moyen de continuer à apprendre et à grandir nous aussi! Merci, mes amours! Et surtout, chrysalide ou papillon, continuez à me questionner et à me secouer de temps en temps, ça m’empêchera de rouiller!

Comments

  1. Marie Paule COSSE

    Très touchant ton article Joëlle…. pas facile la vie mais que de découvertes !

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