système éducatif : enfants présumés coupables ?

Nos enfants sont-ils présumés coupables?

La présomption d’innocence …

Notre système judiciaire est basé sur le sage principe de la présomption d’innocence. Sage principe, au moins dans son intention, puisqu’il veut réduire au maximum le risque de condamner injustement un innocent. Dans les faits, ce principe se révèle avoir parfois des conséquences désastreuses, notamment dans le cas de maltraitances et d’abus perpétrés sur des enfants au quotidien, et qui se poursuivent parfois pendant des années pendant que la justice essaye de faire la lumière afin de rendre finalement son verdict, bien souvent trop tard. Protection de l’adulte présumé innocent. Absence de protection pour l’enfant.

Et dans notre système éducatif ?

Qu’en est-il au juste ? Nos enfants bénéficient-ils eux aussi de ce beau principe de la présomption d’innocence, ou est-il réservé aux adultes?  Un enfant explique un calcul a son voisin ? Tricheur. Il manque un bonbon dans la réserve ? Voleur. Il ne veut pas me dire le secret de son coeur ? Cachottier. Il a une autre version des faits que l’adulte ? Menteur.

Présumé coupable !

Tu es présumé coupable, cher enfant, voilà la réalité de notre société. Le bon sauvage ? C’est un mythe, tout le monde le sait ! La vérité c’est que moi, l’adulte, je n’ai aucune confiance en toi. Dès que j’aurai le dos tourné, je le sais, tu feras « des bêtises ». Je dois te mater, te « cadrer ». C’est le rôle de l’adulte, n’est-ce pas ? Je vais donc te protéger contre toi-même, en édictant des règles, une avalanche de règles et puis surtout, des interdits. Interdit de manger entre les repas, de parler en classe, de grimper aux arbres, de regarder la feuille de son voisin, de se lever trop tôt, de se lever trop tard, d’inviter n’importe qui à la maison, de dormir chez un copain, interdit. Je fais ça pour ton bien, cher enfant. Tu me remercieras plus tard, tu verras !

Dans ta chambre !

Et comme je n’ai aucune confiance en toi – et peut-être aucune confiance en la légitimité de ces règles que je t’impose ? – , je ne vais pas me fatiguer à t’expliquer ces règles, ça ne sert à rien. Je vais plutôt assortir chacune d’elles d’une punition. Rien de tel que la peur de la punition pour te faire marcher droit. Interdit de parler en classe, sinon punition. Interdit de manger entre les repas, sinon pas de dessert. Interdit de smartphone après le souper, sinon confisqué. Monte dans ta chambre ! Tu redescendras quand tu auras réfléchi. Quand tu te seras soumis. Quand tu auras compris que c’est moi le plus fort.

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Le pouvoir de la clé …

Mais ça ne suffit pas à mon besoin de contrôle. La punition dissuade certes, mais elle ne me garantit pas encore ton obéissance totale. Mes règles, je vais les durcir encore, et t’empêcher matériellement de grignoter la moindre liberté, d’échapper à mon contrôle. Il est interdit de manger des bonbons, et d’ailleurs je les mets dans une armoire fermée à clé. Il est interdit de jouer dehors après le souper, et d’ailleurs je ferme la maison à clé. Interdit de sortir de la cour, je ferme à clé. Interdit de ramener n’importe qui à la maison, donc on ne ramène personne. J’ai peur donc je contrôle. Tout. Ta nourriture, tes vêtements, tes lectures, tes amis, tes amours. Ta Vie. Tu es coupable. Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. Je suis l’adulte, je dois empêcher ça, donc je te contrôle.

Et l’enfant ? Et Noël ?

C’est ça, être adulte ? C’est ça, être enfant ? En ce temps de Noël, je m’assieds devant la crèche et j’ai envie de pleurer. Pardon, je vous le promets, mon prochain article sera plein d’espérance et d’idées pour avancer. Mais vous le savez, je suis franche avec vous. Voilà ce qui m’habite aujourd’hui. Comment a-t-on pu en arriver là ? Si loin de ce Dieu qui se fait tout petit et nous dit : Le Royaume des Cieux appartient aux enfants et à ceux qui leur ressemblent? Où est la confiance ?

Est-il interdit de grimper aux arbres ?

Mes enfants, je veux vous dire aujourd’hui que je crois en vous. N’ayez pas peur de me bousculer quelquefois quand je tombe dans le panneau de l’autoritarisme. Soyez-en sûrs, quand ça m’arrive, ça n’a rien à voir avec vous ! C’est juste le signe que la petite Jo a peur, qu’elle se laisse submerger par ses angoisses et que stupidement elle les reporte sur vous, enfants innocents ! N’ayez jamais peur de questionner l’adulte sur le mobile de ses actions ! C’est comme ça que vous nous aiderez à avancer ! Merci, mes enfants ! Joyeux Noël, Bonne Année 2018, et Belle Vie à vous !

Comments

  1. Laurence DEMANET

    Bonjour Joëlle,

    Eh bien! Noël a l’air d’avoir un goût amer cette année.

    Je suis entièrement d’accord avec cette croyance que nous avons que l’être humain doit être « dressé », que d’emblée, nous ne lui faisons pas confiance. Paradigme d’autant plus difficile à combattre qu’il est devenu part entière de l’inconscient collectif et, pourtant, contraire au discours ambiant.
    Ce n’est qu’en faisant réfléchir et en méditant les actes posés par les adultes qu’on peut se rendre en lumière cette croyance, motrice d’une éducation inappropriée.
    Un parent vous dira qu’il a confiance en son enfant et puis, lorsque le même parent interdit son enfant à prendre un verre qui casse par exemple, il vous dira « Oui mais il est trop petit ».

    C’est aussi ce qui se vit dans les milieux professionnels et dans les associations. « Si on fait une évaluation positive, l’employé va dormir sur ses lauriers ». « Si on donne la main, on se fait bouffer le bras ».

    J’ai l’énorme chance de participer à un projet qui se base sur la confiance totale. Et j’avoue que cela me demande une attention permanente de ne pas laisser la croyance ci-dessus gérer mes émotions et mes actes.

    Joëlle, merci d’avoir mis les mots sur l’un des combats les plus profonds et les plus difficiles que nous ayions à mener si on veut changer les choses durablement.

    Bien que traduit dans ton article comme une intention de la part des adultes, je pense surtout que c’est une blessure et peur profonde de l’humanité qui amène à cette croyance.

    Puissions-nous trouver la source d’amour qui nous permettra d’avoir cette confiance inconditionnelle envers nos enfants et envers le potentiel de chaque parent, pratiquant la violence éducative ordinaire, d’un jour ouvrir les yeux sur ses peurs et angoisses et réparer ce qu’il y aura à réparer.
    Puissions-nous trouver la force et le courage de montrer que les enfants sont dignes de confiance totalement et être les témoins vivants que cette présomption d’innocence devrait être une notion incontournable en éducation et que cela ne fait pas de nos enfants des adultes « sauvages incivilisés » 🙂

    Encore merci pour cette réflexion!!!

    Laurence

    1. Jo

      Hello Laurence ! Rassure toi, Noël était très doux au contraire, un beau moment familial et très dépaysant, au soleil, sous les palmiers … C’est plutôt cette semaine qui m’a apporté du matériel un peu plus rude à travailler, un certain inconfort qui m’a poussée à m’interroger un peu plus fort que d’habitude.
      Merci beaucoup pour ton apport. Quel travail, hein, de décrotter tous ces vieux réflexes dont nous avons hérité. Et puis quel travail de se faire respecter quand on décide de changer, d’éduquer autrement. Que de jugements, que de rigidité … J’ai vraiment du mal à rester dans la non-violence quand d’autres personnes, pleines de bonne volonté bien sûr, veulent s’occuper de cadrer mes enfants, de « pallier » à ce que j’ai l’impression qu’ils ressentent comme mon « manque de fermeté » et qui est en réalité le fruit d’un travail conscient et parfois si difficile de lâcher-prise, de confiance !
      Si mon article traduit la vision de l’autoritarisme « comme une intention de la part des adultes », c’est que mes mots ont trahi ma pensée. Je crois comme toi que la source est d’abord la peur et l’angoisse de la personne, donc dans ce cas-ci, de l’adulte. Mais si la peur explique, elle ne doit pas devenir un prétexte pour ne pas changer. Et je crois aussi, pour reprendre tes mots, que changer de paradigme « demande une attention permanente de ne pas laisser la croyance ci-dessus gérer mes émotions et mes actes ». C’est donc bien à nous, adultes, que revient la responsabilité de nous éduquer nous-mêmes à la confiance, afin de laisser à nos enfants l’espace de liberté pour construire l’humanité de demain.
      Oh Laurence, ça me manque vraiment de pouvoir m’asseoir et échanger tranquillement avec toi sur tout ça, en buvant une tasse de thé sur la terrasse … Comment avance votre « projet qui se base sur la confiance totale » ? Comme ça doit être passionnant … Et quel challenge !
      Bisou à toute la famille, et merci pour ton commentaire ! Jo

  2. Marie Paule

    Merci Joëlle de ce beau sentiment que tu as eu le courage de partager. Je vis cela avec un de mes petits fils actuellement, mais je ne suis que grand mère et impuissante. Impuissante devant les parents qui ne croient plus en rien et impuissante devant un petit fils qui ne nous connait pas et à qui j’aimerais tant transmettre cette croyance qui est la force de tout être humain. Je peux te dire que j’ai appris beaucoup dans la force de tes mots et j’espère un jour pouvoir prendre mon petit fils dans les bras. Passez un bon réveillon. Bisous à vous tous….
    si tu as envie de répondre utilise mon adresse email personnelle svp. Merci.
    cestmp@hotmail.com

    1. Marie Paule

      Un tout grand merci Joëlle pour ta réponse si rapide. J’ai été fortement touchée ….
      J’ai lu et relu…. je réfléchis beaucoup…. et quand même tu m’as aidée….
      Je t’embrasse très fort.
      MP

      1. Jo

        Avec grande joie, Marie Paule! Je t’embrasse aussi ! Meilleurs voeux pour 2018 😘

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