Maman homeschooler : Suis-je à la hauteur?

La question qui tue...

Suis-je à la hauteur? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi? Qu’est-ce que j’ai fait de mal? Est-ce que je ne ferais pas mieux de tout arrêter, de remettre les enfants à l’école dès demain matin? Est-ce que je ne suis pas en train de foutre leur vie en l’air?

Et c’est parti… T’es tu déjà retrouvée le soir, dans ton lit, la tête envahie de cette question lancinante, « suis-je à la hauteur? », et de tout son cortège de doutes? Ou pire, peut-être n’était-ce même pas une question, mais un jugement sans appel : Je ne suis pas à la hauteur.

Quel poison! Car bien sûr, laquelle d’entre nous répond le coeur léger et la tête haute: Oui! Je suis à la hauteur?!

Mais que veut vraiment dire cette question, quelle histoire nous raconte ce jugement, quel sens a ce questionnement et que peut-il nous apporter? Rembobinons un instant la journée écoulée, et voyons ce qui, concrètement, a pu susciter en nous ces doutes, questions, jugements.

L'expression d'un besoin?

Une fois encore, nos enfants vont nous aider à avancer! C’est eux, bien sûr, qui suscitent en nous ces questionnements… mais est-ce bien si sûr, au fait?

Quand je vois mon enfant qui… – ne sait pas encore lire, a du mal à se faire des amis, tape son frère, se couche trop tard, est tout le temps sur sa tablette… je te laisse compléter 😉 – je me sens triste, j’ai peur, je suis découragée, parce que j’ai besoin que mes enfants soient épanouis, heureux, qu’ils aillent bien pour me sentir – ou plutôt me juger « à la hauteur ». Une bonne mère.

As-tu remarqué la superbe structure de cette phrase? Observation des faits, expression des émotions, du besoin sous-jacent… Il ne manque plus que la demande pour en faire la parfaite communication non-violente. Exprimé clairement à notre enfant, ça donnerait quelque chose comme ça:

« Quand je te vois taper ton frère, je me sens triste et j’ai peur, parce que j’ai besoin d’avoir des enfants épanouis et pacifiques. Pourrais-tu arrêter de le taper? »

Où est le piège?

Ou plutôt, les pièges. Commençons par le premier.

Dans cette phrase, comme tès souvent dans nos vies, il manque un élément essentiel. C’est l’histoire que je me raconte, et dont je suis responsable. Cette histoire dans laquelle je ne suis pas « à la hauteur », alors que je dois être une bonne mère, une mère parfaite. Cette histoire dans laquelle le comportement de mes enfants servira d’évaluation de ma capacité à être mère, et même, d’évaluation de ma personne, de mon être.

Quand mon enfant tape son frère ou passes la nuit sur son ordinateur, c’est comme si l’Univers m’envoyait un gros zéro sur dix écrit au marqueur rouge. Tu es nulle. Tu es une mauvaise mère. Tu ne mérites pas d’être aimée, d’être heureuse. Verdict : coupable.

Comment en sortir?

Revenons à notre éducation cosmique intégrale. Tu te rappelles? C’est tout d’abord une autoéducation. Pour accompagner le mieux possible mon enfant dans son autoéducation, je vais commencer par la mienne.

Quand tu tapes ton frère, je me sens triste, découragée, parce que je me raconte une histoire dans laquelle je suis une mauvaise mère. Nulle. J’ai tout raté. Cette histoire, je l’ai construite depuis très très longtemps. Elle s’insère dans une histoire que je me raconte probablement en boucle depuis ma plus tendre enfance. Dans laquelle l’amour se mérite, il est conditionnel. Et dans laquelle je ne mérite pas cet amour. Quoi que je fasse. Alors que j’en ai tant besoin.

Cette histoire, je l’ai construite pour survivre, à un moment donné de mon enfance. Et la bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, j’ai grandi, et je peux la changer, la transformer, la remplacer.

Entre le fait « tu tapes ton frère » et l’émotion « je me sens triste et j’ai peur », il y a mon histoire. Il y a moi. Il y a ma liberté.

Comment changer l’histoire? Plusieurs pistes :

Faire appel à l'équipe

Faire appel à mon mari, à mon amie… « Quand je vois mon fils taper son frère, je me raconte une histoire dans laquelle je suis une mauvaise mère, je ne suis pas à la hauteur, j’ai rendu mon fils malheureux et violent, j’ai gâché sa vie, je ne mérite pas d’être heureuse, d’être aimée. Qu’est-ce que tu penses de mon histoire? Contient-elle quelque chose de vrai, selon toi? » La réponse me surprendra peut-être. Elle m’ouvrira en tout cas plein de portes vers la création d’une nouvelle interprétation, d’un nouveau récit, et vers les émotions positives et porteuses dont j’ai besoin pour avancer.

Faire appel à mon enfant aussi, tout simplement. « Quand je te vois … je me raconte une histoire dans laquelle… Est-ce que cette histoire à quelque chose de vrai? Qu’est-ce que tu te racontes comme histoire, toi, quand ça arrive? ». là, pour le coup, je te garantis – pour l’avoir vécu – que la réponse de ton enfant va te surprendre, et sa clarté, t’édifier!

Et nous voilà en plein dans la deuxième face de l’éducation, la coéducation. Apprendre en famille, c’est grandir ensemble. Quand j’ai pris conscience que mon émotion est suscitée non par les faits mais par l’histoire que je me raconte, je peux facilement partager cette trouvaille à toute la famille, en mettant en pratique ouvertement ce que j’ai appris. Toute la tribu y gagnera en intelligence émotionnelle et relationnelle! Bingo!

Un outil très simple!

Et le soir, dans mon lit, si des moments difficiles de la journée remontent en moi et réveillent de vieilles histoires, de vieux jugements qui me font ressentir des émotions négatives, je peux les travailler de façon simple et rapide avant de m’endormir sereine. Comment?

Prends une feuille de papier, trace dessus 6 colonnes, auxquelles tu vas donner des titres. Dans la première, les faits. Dans la deuxième, mon histoire, et dans la troisième, ma nouvelle histoire. Dans la quatrième, les émotions. Pour les émotions, on va droit au but, et on s’en tient aux 4 émotions fondamentales. Joie, tristesse, peur et colère. Pourquoi? Parce que souvent, notre façon compliquée de formuler les émotions nous mène à la confusion. On en reparlera à l’occasion 😉. Enfin, la cinquième colonne s’intitulera: nouvelles émotions, et la cinquième, action. Voilà ce que ça donne:

Comment faire?

Dans la première colonne, tu écris ce qui se passe, les faits. Par exemple, mon enfant a tapé son frère. Passe ensuite directement à la colonne 4, celle des émotions. Comment je me sens? Je suis triste, en colère et j’ai peur. Recule maintenant à la colonne 2, l’histoire. Je me raconte, par exemple, que j’ai mal éduqué mon fils, je ne lui mets pas assez de limite, je ne lui donne pas assez d’attention, j’ai foiré depuis le début, je suis incapable d’éduquer mes enfants, je suis nulle, je n’y arriverai jamais, qu’est-ce qu’il va devenir? j’ai gâché sa vie, voilà ce que c’est de vouloir faire autrement que les autres, en plus tout se joue avant 6 ans, c’est foutu, j’ai tout raté… etc. etc.

Vas-y, lâche-toi, remplis toute la colonne, fais un grand brainstorming jusqu’à ce que tu arrives à ces petites phrases qui sont l’histoire que tu te racontes en boucle, depuis si longtemps. Respire amplement, regarde ces mots. C’est l’histoire que tu t’es racontée jusqu’ici. Cette histoire est juste une histoire, pas la réalité. C’est elle qui suscite en toi la tristesse, la colère et la peur.

Tu as le pouvoir de réécrire l’histoire, de choisir l’histoire que tu vas te raconter, et qui te permettra de ressentir les émotions qui te feront du bien, qui te feront avancer. Tu es responsable d’inventer l’histoire. C’est ce que tu vas faire dans la colonne 3. Nouvelle histoire.

Par exemple, Waw! Quelle énergie, cet enfant! Quelle force! Il me rappelle son grand-père boxeur! je me demande ce qu’il va faire de ça en grandissant! Je pourrais peut-être lui proposer de découvrir le judo, ou alors l’aikido, pour apprendre à canaliser son énergie et à se défendre sans blesser l’adversaire? Ou encore : Houla, quelle colère! je crois qu’il est crevé en fait, il revient de chez ses amis, ils n’ont sûrement pas bien dormi, ou alors il a mangé plein de sucre là-bas au petit déjeuner, ou il s’est passé quelque chose de dur pour lui, je vais prendre un moment pour l’écouter me raconter…

Je peux me raconter plein d’histoires comme ça, dans lesquelles je suis une maman qui gère, qui aime, qui fait tout ce qu’elle peut, dans une réalité complexe et multifactorielle dont elle ne maîtrise pas tout, remplie de surprises et défis passionnants. Je peux choisir une histoire qui me relie à moi-même, à mon noyau, ma force, mes valeurs fondamentales.

Passe maintenant à la colonne 5, et notes-y l’émotion, ou les émotions qui t’habitent maintenant. Est-ce qu’elles t’aident à avancer?

Non? Alors recommence à la colonne 3, et réécris ton histoire jusqu’à ce qu’elle te fasse vibrer et te remplisse d’énergie et de joie!

Oui? Ça y est? Alors au boulot! Note en vrac dans la colonne 6 toutes les idées qui te viennent à l’esprit, sans barrière! Qu’est-ce que tu pourrais faire pour avancer, dans cette situation donnée? Quand tu as rempli la colonne, entoure l’idée la plus pertinente, réalisable, celle qui te convient aujourd’hui. Et vas-y, agis!

Alors, maman homeschooler, es-tu à la hauteur?

La bonne hauteur, c’est la tienne. Tu es totalement équipée pour répondre à ta mission, pour vivre ta vie. Cette mission, elle est absolument unique et belle. Différente de toutes les autres. Chaque jour qui passe, tu apprends, tu grandis, tu es de plus en plus compétente et équipée. Quel cadeau que de pouvoir accompagner nos enfants qui grandissent! Que de défis ils nous lancent en toute innocence! Que d’occasions de réécrire notre histoire, de dépasser nos barrières, d’élargir le champ de notre être et de notre conscience! Que d’occasions d’apprendre à aimer, à les aimer, à nous aimer!

N’oublie pas la colonne Action. Elle est précieuse. Chaque petit pas conscient, chaque petit geste intentionnel vient changer la réalité. Et vient te rappeler que tu es capable, que tu avances, que tu as de la valeur, une valeur infinie. Que tu donnes et reçois énormément par le simple fait d’exister et de voir grandir tes enfants!

Quand tu auras rempli le tableau, raconte-moi ce que ça a changé pour toi et pour ta famille! Et raconte-moi ce que tu as fait! C’est comme ça qu’ensemble, nous changeons le Monde! À petits pas! 😘

Et le deuxième piège?

C’est quoi, d’après toi? Réfléchis-y, donne-moi ton avis! On en reparle dans le prochain article!

Bonne journée!

Joëlle

Add A Comment