la grande histoire de l'écriture

La grande histoire de l’écriture: Pourquoi? Comment?

Pourquoi raconter à l'enfant l'histoire de l'écriture?

Après la grande histoire de l’Univers, la grande histoire de la vie sur terre et la grande histoire de l’homme, Maria Montessori nous propose de raconter à l’enfant la grande histoire de l’écriture. Pourquoi?

Qui est l’enfant de 6 ans?

Rappelons-nous un instant à qui nous avons affaire, et qui est ce jeune enfant de 4, 5, 6, 7 ans que nous accompagnons. C’est, d’une part, un explorateur, un aventurier, assoiffé de découvertes, d’expériences, de connaissances nouvelles. Le quotidien ne lui suffit plus. Ce qui l’intéresse, c’est le vaste monde; plus c’est loin, dans l’espace et dans le temps, plus c’est grand, plus c’est large, haut, long, lourd, mieux c’est! Il est rempli de questions, cet enfant! Il veut savoir où, quand, comment; il veut savoir pourquoi! Car s’il est explorateur, il est aussi philosophe, et les questions qu’il se pose sont maintenant des interrogations chaque jour plus profondes, plus existentielles, plus universelles aussi.

qui est l'enfant de 6 ans?

Son questionnement rejoint celui de tout homme, ses réflexions font écho à celles que peignirent un jour ses ancêtres sur les parois de grottes profondes, à celles que gravèrent les sumériens dans l’argile… Il rejoint par la force de son imagination le grand courant de la pensée des hommes de tous les temps, ce fleuve de questions et d’idées qui fit surgir en eux, un jour, le besoin irrépressible de communiquer, de transmettre, de donner forme concrète à la pensée, d’écrire.

Pourquoi l'enfant écrit-il?

Ou plutôt, tout simplement, pourquoi écrivons-nous? Pourquoi l’humain écrit-il? Car l’enfant ne fait pas exception, il est habité des mêmes besoins, des mêmes aspirations, des mêmes désirs que tout être humain.

Du coup je vais me permettre de commencer par moi-même. Pourquoi est-ce que j’écris? J’écris cet article, par exemple, pour différentes raison. Pour clarifier mes idées, tout d’abord. C’est comme ça que j’ai commencé ce blog il y a quelques années, d’abord pour répondre à ce besoin de mettre mes idées à plat, de leur donner forme concrète. J’écris aussi pour communiquer, pour transmettre mon expérience, j’écris pour être en relation, dans l’espoir de lire tes réponses, réflexions, commentaires. Et puis, j’écris pour faire mémoire, pour garder une trace de mes expériences, de ce que je vis, pense, invente, construis…

Et toi, tu écris pourquoi, tu écris pour quoi?

Les mobiles de l’enfant seraient-ils différents des nôtres? Ou l’enfant lui aussi écrit-il pour faire sens, pour clarifier et exprimer sa pensée, pour faire mémoire, pour aller à la rencontre de l’autre, pour communiquer? Qu’est-ce que tu en penses?

Plusieurs de nos enfants nous ont exprimé de la même façon, entre 4 et 7 ans, leur intérêt soudain pour l’écriture: en remplissant des pages entières d’une écriture inventée par eux, « l’écriture imaginaire », racontant des histoires ou des poèmes qu’ils nous lisaient ensuite avec un plaisir non dissimulé! J’en garde un souvenir inoubliable de joie palpable, de fierté, d’enthousiasme! Pour moi, c’était le moment, non pas de sortir des cahiers pour faire des lignes d’écriture, mais de leur raconter comment les êtres humains, il y a des milliers d’années, inventèrent comme eux l’écriture, ou plutôt les écritures…C’était le moment de partir pour un long et passionnant voyage…

Entrer dans la grande histoire de l'écriture...

Merci les mains!

On entre dans la grande histoire de l’écriture avec les mains, évidemment! Merci la bipédie, qui nous a libéré les mains! Sais-tu que deux aspects physiques principaux nous distinguent de nos plus proches cousins les grands singes, la bipédie comme locomotion habituelle qui a induit des différences au niveau du bassin, du dos, de la nuque, et puis – intéressant – la diminution des dents! Et je viens de lire une sympathique interprétation de cette réduction, notamment, des canines. Chez les grands singes, les dites canines – plus grandes chez les mâles – ne servent pas d’abord à la mastication, mais à l’intimidation des concurrents. Une hypothèse est que notre ancêtre, bipède, développa de nouvelles stratégies de séduction, qui consistèrent à utiliser ses mains pour offrir des présents à celle qu’il espèrait conquérir. Le vainqueur n’était plus celui qui aurait convaincu la belle par la lutte physique contre ses autres prétendants, mais par l’abondance et la qualité de ses offrandes amoureuses! Le cerveau se développa au dépens de la dentition et de toute la musculature de la mâchoire, et les échanges et la diplomatie prirent le pas sur la lutte physique…Sympa, non? Merci les mains!

Au travail!

C’est tout naturellement par le travail des mains que nous allons entrer avec l’enfant dans l’histoire de l’écriture, et comme toujours, suivre la chronologie nous permettra de suivre aussi le rythme du développement psychomoteur et de l’affinement du geste de l’enfant qui grandit! On commencera par l’impression de nos mains, en négatif ou en positif, sur les parois des grottes que nous aurons trouvées, construites, inventées… La dernière de nos grottes était faite de carton, et recouvrait toute notre réserve alimentaire. Nous l’avons couverte de peintures rupestres en argiles colorées et en charbon. C’était magnifique!

Nous passerons ensuite au modelage de la terre, avec les jetons sumériens, et les petits doigts se musclerons et prendront de l’assurance tandis que nous imaginerons des échanges de brebis, de chèvres, de boeufs, d’amphores de vins ou de tissus soyeux…

Puis, toujours à Sumer, nous aplatirons vigoureusement des tablettes d’argile, et manierons délicatement le calame pour imprimer dans la terre les signes cunéiformes. Au passage, nous découvrirons la richesse incroyable de cette civilisation, son architecture, ses croyances et ses mythes, son organisation politique… tout cela grâce à ces tablettes qui nous racontent leur histoire!

 

Et nous voilà partis pour l’Égypte, quel bonheur de tracer un cartouche et d’y peindre son nom en hiéroglyphes! Que d’histoires encore, nous racontent ces murs, ces colonnes, ces papyrus couverts de signes mystérieux aux couleurs chatoyantes! Quelle chance que toutes ces personnes aient décidé d’écrire, nous permettant aujourd’hui de nous imaginer leur vie, leurs villes, leurs rites, leur alimentation, leur culture… Et comme on se sent proche d’eux tout à coup, tandis que nous traçons ces signes sur nos papyrus! Comme on se sent appartenir à la grande famille des humains! Comme on sent en nous ce désir, aussi, de raconter aux suivants ce qui fait notre monde, notre vie, de leur transmettre à notre tour ce patrimoine culturel, intellectuel, spirituel! 

Et l'aventure continue!

L’aventure continue, au gré de nos intérêts, de nos passions, de nos voyages. Car l’histoire de l’écriture n’est pas linéaire, bien sûr! C’est un foisonnement, une arborescence complexe, et chaque famille, chaque enfant choisira de s’aventurer sur l’une ou l’autre de ses ramifications. L’écriture chinoise, sémitique, l’apparition de l’alphabet, les phéniciens, les grecs, les crétois, et puis l’écriture arabe, les runnes, les glyphes des civilisations précolombiennes… c’est sans fin, et c’est bien comme ça! Histoire de nous rappeler qu’en éducation cosmique, le but n’est pas de tout retenir, ni même de tout « voir ». Notre objectif est d’ouvrir des portes, d’observer où entre l’enfant, de l’y accompagner et de lui offrir un environnement qui lui permette d’approfondir autant qu’il le veut ce qui l’intéresse. Et puis, l’objectif est de lui permettre de s’interroger, de questionner l’histoire qu’on lui raconte et qu’il découvre, et à travers elle, de trouver, d’inventer chaque jour un peu plus précisément sa mission à lui dans cette histoire, ce que lui veut apporter sur cette Terre. Sans oublier que notre but est aussi et d’abord de passer un bon moment ensemble, de tisser des liens, d’être heureux de vivre et d’apprendre!

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