Homeschooling et vulnérabilité, la délicate alliance…

Choisir l’apprentissage en famille, dans notre société, c’est choisir un chemin bizarre, différent, aller à contre-courant. Et qui plus est, dans un domaine particulièrement chargé émotionnellement parlant. Alors, forcément, ça réveille plein de choses. Chez nous, et chez les autres.

Homeschooling: Tu l'as choisi, tu l'assumes.

Il y a d’abord l’idée, bien enracinée, que si tu fais un choix, tu assumes. C’est évident. Tu choisis de vivre sur une île déserte, tu assumes. Ne viens pas te plaindre du manque de liens sociaux. Tu choisis de manger vegan, crudivore, paléolithique, tu assumes. C’est toi qui cuisines. C’est ta vie.

Quand on arrive au sujet brûlant des enfants, ça se corse. Tu choisis d’accoucher à la maison, tu pratiques le cododo, tu allaites à long terme, tu as une famille nombreuse, tu fais l’école à la maison… Tu assumes. Ne viens pas te plaindre. On te l’avait dit. Pour info, l’hopital, ça existe, et puis les chambres d’enfants, les biberons, la contraception, et l’école.

L'impact de ces petites phrases...

Ça te parle ? Quand tu dis d’une petite voix – tu sais déjà ce qui t’attend, mais tu as tellement besoin de parler à quelqu’un… – que tu es fatiguée, ou que la petite ne fait pas ses nuits, ou que tu es inquiète pour le grand qui glandouille toute la journée… pour t’entendre répondre, qu’est-ce que tu attends pour la sevrer ? Ou le mettre à l’école ?

Ou tu ne dis rien du tout, mais tu te prends ces questions posées souvent avec la meilleure intention par des personnes qui veulent te faire part de leur intérêt, de leur amour, de leur préoccupation… Il ne sait pas encore lire ? Est-ce qu’elle avance en mathématiques ? Mais qu’est-ce que vous faites de vos journées ?

Quand ces petites phrases, ces petites questions rencontrent en ton intérieur l’insécurité, la peur de faire fausse route, la culpabilité, qu’est-ce que tu en fais ? Moi, c’est très simple, ce que j’en ai fait, pendant des années, c’est de bien tout verrouiller, tout cadenasser. Adios la vulnérabilité ! Je suis forte ! Je vais y arriver ! J’ai fait le meilleur choix pour mes enfants ! Je vais vous le prouver ! Et je n’ai pas besoin de vous !

Le chemin dangereux du Tout-va-bien!

Chemin périlleux s’il en est, qui consiste au fond à revêtir une armure protectrice, bien solide, bien dure, et surtout bien lourde, au moment de se mettre en marche pour escalader une montagne bien belle, bien enthousiasmante, et aussi bien haute ! Et le cercle vicieux du Tout-va-bien s’enclenche ! Et bonne chance pour le désamorcer ! Je ne me plains pas. Je me bats. Je me durcis. Tout va bien. Comme tout va bien, on ne me propose pas d’aide, je n’en ai visiblement pas besoin. Et si on m’en propose, je la refuse. Tout va bien.

Notre vulnérabilité, notre meilleur alliée!

Heureusement la Providence avait d’autres chemins pour moi, et la naissance de notre petit dernier, et le gros burn-out qui a suivi, m’ont aculée, forcée à déposer armes et armure, et à laisser sortir et respirer la Joëlle  forte et vulnérable, remplie de lumière et d’ombre, de hauts et de bas, humaine, quoi. Quand tu touches le fond, ce qui est bien, c’est que tu acceptes enfin les mains tendues. Tu es vulnérable, et tu ne peux plus le cacher. Une amie me propose un bon petit plat pour toute la famille, une autre invite mes enfants pour une super journée. Et je découvre émerveillée la bienveillance, le soutien, la gratuité… qu’éveille, eh oui, ma vulnérabilité.

Avec l’aide de toutes ces bonnes âmes, j’ai repris des forces et continué l’aventure. Mais autrement. Mon secret ? Écouter mes antennes qui me disent à qui me confier. Il y a encore des situations de la vie où mon armure m’est bien utile. Elle est plus légère qu’avant, moins encombrante, une armure pliable en quelque sorte ! Inutile de me jeter dans la gueule du loup ! Mais il y a surtout toutes ces belles personnes sur mon chemin, – mon mari, mes enfants, mes amis, toi, qui me lis ! – toutes ces belles personnes avec qui je peux tout simplement être moi, une maman homeschooler, qui fait ce choix avec tout son savoir et son non-savoir, tout son pouvoir et son non-pouvoir, et surtout avec tout son cœur !

Chère maman homeschooler, regarde-toi avec beaucoup d’amour, de douceur, de respect ! Tu as fait un choix beau, exigeant et courageux ! Et parfois, c’est dur ! Et quand c’est dur, ensemble, on est plus fort ! Accepter ta vulnérabilité, c’est passer de l’indépendance à l’interdépendance ! Et ça, c’est le meilleur boost pour ton apprentissage en famille !

Comments

  1. Aude

    Merci Joëlle!
    Tu as tellement raison!
    Moi ça fait très longtemps que je sais que je « n’assume » pas du tout les choix d’éducation que nous faisons… c’est la Vierge Marie qui le fait pour nous. Et elle est vraiment la Mère du Bon Conseil. Mais effectivement, face aux autres ce n’est pas facile à expliquer. Et puis moi-même J’ai tendance à l’oublier et à ne plus m’appuyer sur elle…
    Merci merci merci de me rappeler qui me rend forte!
    Je vous embrasse très très fort et vous retrouve sous le manteau de Notre Mère

  2. Duvivier

    Ces mots si justes Joëlle ♥️
    Quel plaisir à entendre. Et cela concerne tellement de sujets si vastes 🙂
    Belle journée
    Véronique

    1. Daniel

      Bigre, la vulnérabilité…N’est-elle pas une partie composante d’une dualité ?
      Vulnérabilité par rapport à quoi ? A autre chose que tu jugerais de plus fort, où la dualité prend alors sa place !
      Existe-t-il un curseur de pouvoir de force, de vulnérabilité ?
      Et où le placer ? Où pourrais-tu te positionner sur ce curseur ?

      Et si le mot juste, plus approprié pourrait être la….. fragilité ❓

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