éducation - le côté obscur de la force

Éducation: le côté obscur de la force!

Aujourd’hui, je vous invite à un peu d’introspection et d’autodérision… Consacrer sa vie à l’éducation, quelle générosité, n’est-ce pas? Quelle belle mission, quel idéal élevé! Pourtant chaque éducateur porte en lui ses faces d’ombres! Je me demande dans quelle(s) caricature(s) d’éducateur vous allez vous retrouver! Honnêtement, j’ai moi-même parfois l’impression de passer de l’une à l’autre!

Être éducateur, 6 pièges à éviter!

L’éducation! Quelle mission! Parents, profs, éducateurs en tous genres, combien de fois nous sentons-nous tout petits face à l’immensité de la tâche! Mais quelle est-elle exactement, notre mission? Elle se résume pour moi en quelques mots très simples: prendre soin du, ou des enfants qui nous sont confiés.

éducation : le côté obscur de la force!

Des enfants nous sont confiés! Quelle responsabilité!

Pas des maisons, pas des voitures, pas des objets, non! Des sujets! Et pas juste leur corps, leurs vêtements, leur coiffure, leur allure… Non! Leur être même, leur âme, la formation même de leur personnalité! Soyons clairs, la mission nous dépasse! Nous ne sommes pas à la hauteur! Si nous ne tremblons pas devant cette responsabilité qui nous incombe, je vois deux explications possibles:

  1. Soit nous sommes inconscients de la grandeur de la tâche, nous sommes  le nez dans le guidon, dans les objectifs à court terme, dans l’intendance… et donc déconnectés de la merveille que nous avons sous les yeux, ou dans les bras;
  2. Soit, au contraire, nous sommes profondément reliés à notre mission, tellement reliés que nous sommes conscients d’être un instrument dans la main du plus haut, du Très-Haut. Cette conscience de mission cosmique, pour reprendre les termes de Maria Montessori, nous donne alors la paix intérieure qui nous permet de nous donner sans peur à ces jeunes personnes que nous accompagnons.
éducation: une mission qui nous dépasse!

Une valeur infinie…

Oui, ce sont des personnes qui nous sont confiées. Chacune d’entre elles a une valeur infinie. Chacune est unique, irremplaçable. Pas comme une voiture ou un bijou. Et la manière dont nous allons les accompagner, interagir avec elles, vivre en leur présence aura un impact sur leur vie, sur leur chemin.

Alors comment faire, ou plutôt, comment ne pas faire pour mener à bien le mieux possible cette mission qui nous dépasse?

"Ce n'est pas notre job de transformer un enfant en un adulte en 20 ans. Notre responsabilité et notre privilège, c'est de prendre soin d'une personne humaine pendant qu'elle grandit." Naomi Aldort

Le côté obscur de la force: Les 6 caricatures de l'éducateur!

L’idéologue

Premier piège. La théorie. Combien de fois suis-je en train de prêcher à mes enfants, à mes élèves, de les noyer de discours! Convaincue que je suis de savoir, d’avoir tant de choses à leur dire, à eux qui ne savent pas!

premier piège de l'éducateur: l'idéologue

Peine perdue! L’enseignant idéologue, fort de son savoir, de ses certitudes, de ses arguments perd son public et son temps! À part les murs et lui-même, qui l’écoute?

L’enseignant idéologue: qui l’écoute?

Il ne touche pas le coeur de ceux qui lui sont confiés, parce qu’il dirige tous ses efforts sur l’intellect, le savoir, au lieu de mettre toute son énergie à vivre, à incarner ce qu’il espère transmettre. Il pert du coup toute crédibilité, toute force d’attraction. Il obtient peut-être le silence – par peur de la punition, par soucis des bonnes notes…- pas l’écoute.

Avant de savoir bien parler, l’éducateur doit surtout savoir bien vivre et bien écouter! Être ouvert aux opinions des autres, entendre le coeur de ses enfants qui bat. C’est le seul moyen pour lui de répondre aux vrais besoins, aux vraiens questions des siens.

Éduquer, c’est bien plus que proclamer des vérités!

Si l'enseignant prend du plaisir à voir les choses naître et grandir sous ses yeux et s'il sait travailler avec humilité, des joies nombreuses l'attendent...

L'organisateur

l'organisateur

L’organisateur, c’est l’éducateur activiste. C’est moi quand je me mets en mode « intendance » … Il faut que ça tourne! En perpétuel mouvement, il organise, propose des initiatives, exige des siens l’action et l’efficacité. Son grand souci, c’est que « ça fonctionne », dans l’ordre et surtout avec un résultat tangible.

N’ayez pas peur!

À la source de tout ça, il y a sans doute la peur, la peur de ne pas être à la hauteur – Mais ça, on le sait déjà, on n’est pas à « la hauteur » – la peur du vide, du « rien », du « ne rien faire »? La peur de l’échec?

Mais voilà, tristement, au passage, l’organisateur perd la connection profonde avec ceux qui lui sont confiés. Il a oublié dans la course que ce n’étaient pas des voitures ou des bijoux, mais des sujets vivants…

Cultiver les relations personnelles, cela demande du temps, du calme, de la patience, une vie intérieure. On ne tire pas sur les feuilles de l’arbre pour le faire grandir…

L’éducateur relié aux siens les connaît intimement et les respecte. Les initiatives surgiront d’eux et il pourra les soutenir et promouvoir leur réalisation.

“Agis donc de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.”

Le général

Le général, c’est l’éducateur centré sur lui-même. Il a conscience de la grandeur de sa tâche, ça oui! Mais il l’identifie à sa propre grandeur. Le centre, la star, c’est lui. Il attend que chacun adhère à ses valeurs, suive ses passions et ses intérêts.

le général

Le grand problème du général: son ego !

Le grand problème avec lui, c’est son ego. Il a tendance à absorber les siens. En attendant d’eux une adhésion totale, il gomme leur individualité, leur personnalité propre. Il oublie, ou ignore dès lors ce principe fondamental de l’éducation:

Si nous voulons pour l'humanité un futur différent de ce que nous voyons aujourd'hui, nous devons permettre à nos enfants de le créer, à partir de ce qu'ils sont, et non de ce que nous voulons qu'ils soient. Nos aspirations pour eux sont basées sur des pensées que nous avons héritées du passé. Aucun changement n'adviendra en répétant le passé et en obéissant aux vieilles croyances basées sur la peur qui remplissent nos têtes.

Le général, c’est moi quand, absorbée par mes passions, je fonce en avant et j’entraîne tout le monde avec moi en oubliant d’écouter les spécificités et les besoins de chacun… OK, c’est cool de montrer aux enfants l’exemple d’une personnalité passionnée, forte, à condition de ne pas les écraser tous sur mon passage!

« Chez nous, on aime lire; on fait de la randonnée tous les étés; on est médecins; … » Le général croit peut-être en toute innocence parler de sa tribu, des siens, alors qu’il les a tous phagocytés et ne parle que de lui-même!

Le petit dictateur

éducation: le petit dictateur

Le petit dictateur est l’éducateur paternaliste et autoritariste. Il est au-dessus des siens, c’est lui qui sait. Il exerce son autorité, son pouvoir sans aucune connaissance de la réalité et des besoins des siens. L’important pour lui est que l’on suive ses instructions.

 

Il pourra tout au plus obtenir l’obéissance, mais en aucun cas susciter l’adhésion, la participation, l’enthousiasme des siens.  

Autarisme: danger!

Soyons en conscients, toute forme d’autoritarisme, toute velléité de contrôle de ceux que nous accompagnons détruit de facto notre travail d’éducation. Parce que ceux qui nous sont confiés sont des personnes, uniques et libres. Pas des objets. Le seul milieu qui leur permettra de croître et de fructifier, c’est la liberté et le respect.

Chaque fois que nous essayons de gérer les vies des jeunes personnes, nous renonçons à la chance de voir comment ils auraient géré eux-mêmes leur propre vie, et d'apprendre tout ce que nous aurions pu apprendre de leur expérience.

Le démocratiste

Si la liberté est si essentielle à la relation d’éducation, nous suffirait-il alors de laisser tomber toute forme d’autorité, et de nous comporter simplement comme un élève, un enfant parmi les autres ?

 

l'éducateur démocratiste

L’éducateur démocratiste se pose comme faisant partie du groupe. Son message insistant c’est : « Je suis l’un des vôtres. Nous sommes tous égaux ».

Par faiblesse, ou par peur de l’autoritarisme, il a perdu la conscience du sens de sa mission. Il ne se vit pas comme un centre personnel, un soutien, une source de vie pour ceux qu’il accompagne. Il veut que tout se gère par des votes, ne prend pas d’initiatives, pas de décisions.

Des brebis sans berger…

Son grand problème, c’est qu’il ne parvient à générer ni cohésion ni sécurité parmi les siens. Il leur manque un centre de référence, un appui sûr. En refusant d’être un leader, il fragilise le groupe, la famille, ceux dont il devrait prendre soin, et dont il n’assume pas la responsabilité : ils sont comme des brebis sans berger…

Le général, le dictateur en moi me font parfois si peur que je deviens démocratiste… Je fuis l’orgueil et l’autoritarisme, et je tombe dans la fausse modestie et la passivité. Car m’effacer, ce n’est pas de l’humilité ! La vraie humilité c’est de m’accepter comme je suis, ni plus ni moins, et de vivre la mission qui est mienne, de tout mon cœur et de toutes mes forces !

L'anémique

l'éducateur anémique

Justement, les forces, parlons-en ! L’éducateur anémique n’a plus de force.

Or pour engendrer la vie, il faut d’abord posséder la vie en soi ! Et même déborder de vie !

D’où la nécessité d’être un « éducateur éduqué », pour reprendre l’expression de Joseph Kentenich, que j’aime tant !

L’anémique, c’est l’éducateur qui a cessé de se nourrir, de se fortifier, de s’éduquer. Il s’est noyé dans sa mission. Il a perdu au passage – ou n’a encore jamais eu vraiment – la confiance en soi, et puis la conscience d’être un instrument entre les mains du plus grand que lui, d’avoir une mission pour ces enfants.

Comment être un éducateur sans d’abord être soi-même, tout simplement ! L’éducateur anémique disparaît littéralement de l’horizon des siens. Ils sont livrés à eux-mêmes et le chaos s’installe.

Je connais bien l’éducateur anémique… C’est moi quand j’ai donné sans compter, sans dormir assez, sans manger correctement… C’est moi quand j’ai oublié que pour aimer son prochain il faut s’aimer soi-même, que pour donner il faut accepter de recevoir. C’est moi quand j’ai oublié que j’avais des limites physiques, émotionnelles… et que je les ai dépassées largement !

Anémisme et burn-out: en sortir!

 Parfois nous devenons anémiques, cela s’installe sans crier gare, et quand nous en prenons conscience, nous sommes déjà tombés très bas ! Dur dur de remonter la pente, de reprendre des forces ! Comment sortir du chaos, de l’anémie ? Je pense consacrer un de ces jours un article à cette question, à laquelle sont confrontés tellement d’éducateurs et de parents ! Si vous vous sentez concernés, je vous propose déjà quelques lectures ravigorantes :

fatigue émotionnelle des mères

Et surtout, ne restez pas seul. On ne remonte pas la pente tout seul. Entourez-vous de personnes qui vous font du bien, qui vous soutiennent. Si vous avez besoin d’un coup de pouce pour redémarrer le processus d’éducation, je peux vous aider sur ce chemin. Confiance, on n’est pas un éducateur anémique à vie ! On en ressort même plus fort et plus connecté à soi et aux autres !

Alors, être éducateur, mission impossible?

Qu’avez-vous pensé de cette petite promenade caricaturale dans le monde de l’éducation ? Personnellement, ces portraits extrêmes m’aident à mettre des mots, à identifier des pièges, des pentes, des tendances qui existent en moi. Mon premier job est d’y travailler, de les équilibrer, de les éduquer. Être éducateur, ce n’est pas rien ! Ça mérite toute mon attention, développer et offrir aux miens le meilleur de moi-même !

Si vous avez envie de débusquer avec moi les caricatures d’éducateurs qui sommeillent en vous,  je vous offre une séance de coaching gratuite! Vous verrez, c’est à la fois amusant et très instructif!

Je désire une séance de coaching gratuite!

Pour aller plus loin...

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